Roquevaire, chef-lieu de canton : une histoire administrative et territoriale.
Au cœur de la vallée de l’Huveaune, entre Marseille et la Sainte-Baume, Roquevaire a longtemps occupé une place importante dans l’organisation administrative du territoire provençal. De simple bourg médiéval établi autour de son château et de son rocher, la commune est devenue au XIXᵉ siècle le chef-lieu d’un canton, rôle qu’elle conservera pendant plus de 180 ans, jusqu’à la réforme territoriale de 2015.
Cette fonction de chef-lieu a profondément marqué l’histoire de Roquevaire : elle en a fait un centre administratif, judiciaire, économique et politique pour les communes environnantes.
Les origines d’un territoire central
Bien avant de devenir chef-lieu de canton, Roquevaire possède une histoire ancienne. Son territoire était déjà occupé à l’époque antique, notamment autour de Lascours et de la vallée de l’Huveaune. Au Moyen Âge, le village se développe autour du château construit au XIIᵉ siècle sur le rocher dominant la vallée. Le nom de Roquevaire apparaît dans les textes médiévaux sous différentes formes, notamment Roca Vaira, rappelant la présence d’une roche remarquable.
Pendant plusieurs siècles, Roquevaire dépend d’une seigneurie importante. Son château, ses remparts et sa position stratégique sur l’ancienne route reliant Marseille à l’intérieur de la Provence lui donnent un rôle militaire et économique majeur.
La commune devient progressivement un centre d’échanges grâce à l’Huveaune, aux moulins, aux activités agricoles et aux nombreuses industries qui s’installeront plus tard le long de la rivière.
La naissance du canton de Roquevaire
La Révolution française bouleverse l’organisation administrative de la France. Les anciennes divisions féodales disparaissent et sont remplacées par des départements, districts puis cantons.
Dès les premières années révolutionnaires, Roquevaire devient un centre administratif local. À la fin du XVIIIᵉ siècle et au début du XIXᵉ siècle, la commune joue déjà un rôle important dans la gestion des territoires voisins. Des organisations cantonales existent autour de Roquevaire pendant la période révolutionnaire et sous le Consulat.
En 1801, Roquevaire devient officiellement chef-lieu de canton, dans l’arrondissement de Marseille. Cette décision confirme l’importance de la commune dans l’est du département des Bouches-du-Rhône.
Le choix de Roquevaire n’est pas dû au hasard :
- sa position géographique au centre de la vallée de l’Huveaune ;
- son ancienneté historique ;
- son poids démographique ;
- ses activités économiques ;
- ses voies de communication vers Marseille, Aubagne et la Haute-Provence.
Le canton de Roquevaire au XIXᵉ siècle
Au XIXᵉ siècle, le rôle de Roquevaire comme chef-lieu s’affirme.
La commune accueille les services administratifs nécessaires au fonctionnement du canton :
- la justice de paix ;
- les services municipaux ;
- les élections cantonales ;
- les administrations liées à l’État ;
- les correspondances officielles.
Le canton regroupe plusieurs communes voisines qui dépendent de Roquevaire pour une partie de leurs démarches administratives.
Avec l’arrivée du chemin de fer au XIXᵉ siècle, Roquevaire renforce encore son importance économique. Les industries liées à l’Huveaune se développent : moulins, plâtrières, fabriques, ateliers et commerces profitent de cette position privilégiée.
Roquevaire, centre politique du canton
Durant toute la période du XIXᵉ et du XXᵉ siècle, Roquevaire devient le lieu où se rencontrent les représentants des communes environnantes.
Les conseillers généraux du canton siègent au Conseil général des Bouches-du-Rhône et représentent les habitants du territoire. Le canton de Roquevaire est officiellement créé en 1833 et perdurera jusqu’en 2015.
Le canton comprenait notamment :
- Roquevaire ;
- Auriol ;
- Belcodène ;
- La Bouilladisse ;
- Cadolive ;
- La Destrousse ;
- Gréasque ;
- Peypin ;
- Saint-Savournin.
Pendant près de deux siècles, ces communes ont partagé une histoire administrative commune autour de Roquevaire.
Les bâtiments symboles du chef-lieu
Être chef-lieu de canton nécessitait des bâtiments représentant l’autorité publique.
La mairie, les écoles, la justice de paix et les services administratifs ont participé à donner à Roquevaire son statut particulier.
La vieille mairie, installée dans le bâtiment aujourd’hui connu sous le nom de Jaurès, fut longtemps un symbole de cette fonction administrative avant les évolutions municipales du XXᵉ siècle.
La Tour de l’Horloge, ancien clocher médiéval issu de l’ancienne église Notre-Dame de Lausa, reste également un symbole de l’identité historique du village.
La fin du canton de Roquevaire
La réforme territoriale engagée au début des années 2010 modifie profondément la carte administrative française.
Le décret du 27 février 2014 redéfinit les cantons des Bouches-du-Rhône. À partir des élections départementales de 2015, l’ancien canton de Roquevaire disparaît. Roquevaire est alors rattachée au nouveau canton d’Aubagne.
Ainsi prend fin une histoire administrative commencée plus de deux siècles auparavant.
Héritage du chef-lieu de canton
Même si Roquevaire n’est plus aujourd’hui chef-lieu de canton, cette période a profondément marqué la commune.
Pendant plus de 180 ans, Roquevaire fut :
- un lieu de décision politique ;
- un centre administratif ;
- un relais entre Marseille et les villages de l’arrière-pays ;
- un point de rencontre pour les habitants de toute la vallée.
Le titre de chef-lieu de canton appartient désormais à l’histoire, mais il demeure un élément essentiel de l’identité roquevairoise.
Roquevaire n’a pas seulement été un village traversé par l’Huveaune : elle fut aussi un cœur administratif de la Provence orientale, un territoire où se sont rencontrés les hommes, les activités et les histoires des communes voisines.
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