La Tannerie.
La grande tannerie de Roquevaire, fondée en 1846 par Jean Dufour, incarne un pan essentiel du patrimoine industriel provençal. Transmise de génération en génération au sein de la famille Dufour, cette manufacture s’est taillée une réputation d’excellence grâce à la qualité de ses cuirs lissés, de ses peaux de veau et de vachette, traitées selon des méthodes traditionnelles héritées des savoir-faire ancestraux. À une époque où les tanneries pullulaient le long des cours d’eau — comme l’Huveaune, dont la force hydraulique alimentait les moulins et ateliers de Roquevaire — cette entreprise se distinguait par son attachement aux techniques artisanales, notamment l’utilisation de tanins naturels extraits de l’écorce de chêne vert pour les peaux de chèvre, et du sumac (Rhus coriaria) pour les peaux de mouton, une pratique typique des mégisseries méditerranéennes.
Au fil des décennies, cette tannerie, symbole de la révolution industrielle locale, a contribué à la renaissance économique de Roquevaire, une commune alors en plein essor grâce à ses ressources naturelles (bois des collines, sumac des corroyeurs) et à la diversité de ses activités (moulins, voileries, filatures de soie, etc.). Plus tard, son héritage perdurera à travers la société des Tanneries et mégisseries Grawits, spécialisée dans le tannage des peaux de mouton au sumac pur — une méthode réputée pour produire des cuirs souples et résistants, très prisés dans l’industrie de la maroquinerie et de la ganterie.
Cette tradition, ancrée dans le terroir, témoigne de l’importance historique des métiers du cuir en Provence, où l’artisanat et l’innovation se mêlaient pour répondre aux besoins croissants d’une Europe en pleine mutation industrielle.
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