Chapelle Saint-Roch.
Une chapelle née dans la peur de la peste
Il ne reste aujourd’hui presque aucune trace de la chapelle Saint-Roch de Roquevaire. Pourtant, pendant plus d’un siècle et demi, ce petit édifice religieux occupa une place particulière dans la vie de la commune. Située aux limites du village, du côté de la route d’Aubagne, dans un secteur alors essentiellement rural, elle donna son nom au quartier qui porte encore aujourd’hui celui de Saint-Roch.
Son histoire est intimement liée aux grandes épidémies qui frappèrent la Provence et aux croyances religieuses de l’époque. Saint Roch était en effet particulièrement vénéré comme protecteur contre les maladies contagieuses, et notamment contre la peste. À Roquevaire, comme dans de nombreuses communes provençales, la peur de ces épidémies conduisit les habitants à placer leur communauté sous la protection du saint.
Une fondation au XVIIe siècle
Les documents historiques conservés et étudiés par l’Association pour la sauvegarde du patrimoine historique et culturel de Roquevaire permettent de situer l’existence de la chapelle au milieu du XVIIe siècle.
En mai 1652, Jacques Long y fonda notamment une messe célébrée le samedi. Cette fondation montre que la chapelle n’était pas simplement un petit oratoire isolé : elle était devenue un véritable lieu de dévotion, fréquenté régulièrement par les habitants.
Son existence doit être replacée dans le contexte particulièrement difficile des épidémies qui frappèrent la Provence au XVIIe siècle. Les populations vivaient alors dans la crainte permanente de la contagion. La religion occupait une place essentielle dans les réactions collectives face à ces catastrophes. Prières, processions, messes et vœux constituaient autant de moyens par lesquels les communautés cherchaient la protection divine.
À Roquevaire, le culte de saint Roch s'inscrivait dans cette tradition. Le saint, représenté habituellement avec son bâton de pèlerin et montrant la plaie de sa jambe, était considéré comme l'un des grands protecteurs contre la peste.
Une chapelle à la limite du village
La chapelle Saint-Roch se trouvait alors en périphérie de Roquevaire, dans une zone qui n'avait pas encore connu l'urbanisation actuelle.
Le quartier était essentiellement agricole et les chemins conduisant vers Aubagne traversaient des espaces de cultures et de propriétés rurales. La présence de la chapelle constituait donc un repère important pour les habitants.
Peu à peu, le nom de l'édifice passa à l'ensemble du secteur. C'est ainsi que s'est formé le quartier Saint-Roch, appellation qui a survécu à la disparition de la chapelle.
Cette évolution des noms de lieux est particulièrement intéressante pour comprendre l'histoire de Roquevaire : certains quartiers actuels conservent dans leur nom le souvenir d'édifices, de domaines ou d'activités qui ont parfois complètement disparu.
La chapelle et la mémoire de la peste
La présence de Saint-Roch à Roquevaire rappelle également que les grandes épidémies n'étaient pas seulement des événements sanitaires. Elles bouleversaient profondément la vie des communautés.
Les habitants associaient alors la protection de leur village à des gestes religieux collectifs. Dans les délibérations de la communauté de Roquevaire relatives aux périodes de peste, le souvenir des épidémies précédentes et les vœux religieux occupent une place importante.
La chapelle Saint-Roch témoignait ainsi d'une volonté de placer le territoire et ses habitants sous la protection du saint.
Elle appartenait à cette géographie religieuse de Roquevaire faite de chapelles, d'oratoires et de lieux de dévotion qui accompagnaient autrefois la vie quotidienne des habitants.
1816 : la disparition brutale
Après avoir traversé plus d'un siècle et demi d'histoire locale, la chapelle Saint-Roch connut une fin brutale.
Dans la nuit du 11 au 12 février 1816, un important éboulement se produisit au niveau du rocher de Mauvin. Les masses rocheuses qui se détachèrent de la colline provoquèrent d'importants dégâts.
La chapelle Saint-Roch fut alors écrasée par l'éboulement.
La catastrophe fut suffisamment importante pour modifier durablement le secteur. La Ville de Roquevaire rappelle aujourd'hui encore que l'ancien abattoir fut construit en 1816, à l'extrémité du village sur la route d'Auriol, en remplacement de l'ancien établissement qui avait lui aussi été détruit par cet éboulement.
La disparition de la chapelle marque donc un véritable tournant dans l'histoire du quartier.
Un nom qui a survécu à la chapelle
Même si l'édifice n'existe plus, son souvenir n'a jamais totalement disparu.
Le quartier Saint-Roch, ainsi que la rue portant ce nom, perpétuent aujourd'hui la mémoire de cette petite chapelle qui se dressait autrefois aux portes de Roquevaire.
C'est un phénomène fréquent dans les villages anciens : lorsqu'un bâtiment disparaît, son nom reste parfois inscrit dans la mémoire collective et dans la toponymie. Le nom « Saint-Roch » est ainsi devenu une véritable trace historique.
Chaque fois que l'on emprunte aujourd'hui la rue Saint-Roch ou que l'on parle du quartier Saint-Roch, on fait, sans toujours le savoir, revivre le souvenir de cette chapelle disparue.
Une page oubliée du patrimoine roquevairois
La chapelle Saint-Roch appartient désormais au patrimoine disparu de Roquevaire. Elle ne possède plus de murs que l'on puisse visiter, plus de cloche, plus d'autel devant lequel venir se recueillir.
Pourtant, son histoire mérite d'être conservée.
Elle raconte une époque où les habitants vivaient avec la peur des épidémies, où les communautés plaçaient leur destin sous la protection des saints et où les chapelles rythmaient le paysage provençal.
Elle raconte également la fragilité des constructions face à la montagne. En une seule nuit, en février 1816, l'éboulement du rocher de Mauvin fit disparaître un édifice qui avait traversé près de deux siècles.
Aujourd'hui, il ne reste essentiellement que les archives, les anciens récits et surtout le nom du quartier pour rappeler son existence.
La chapelle Saint-Roch a disparu, mais son nom est resté.
Et à travers ce nom, c'est un morceau de l'histoire ancienne de Roquevaire qui continue de vivre.
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