Grand Prix de Roquevaire 1936.
Une grande journée de cyclisme au cœur de la Provence.
Au milieu des années 1930, le vélo occupait une place particulière dans la vie des villages et des villes de Provence. Le cyclisme n’était pas seulement un sport : il représentait la vitesse, l’endurance, l’effort et une certaine idée de la liberté. Les courses routières attiraient les passionnés tout au long des routes, devant les cafés, sur les places et aux entrées des villages.
À Roquevaire, cette passion avait trouvé son expression dans le Vélo-Club Roquevairois, société sportive qui organisait notamment le Grand Prix de Roquevaire.
L'épreuve avait été créée en 1932, au mois d'avril. Elle allait progressivement prendre une place importante dans le calendrier cycliste local. La documentation historique consacrée aux Boucles Roquevairoises rappelle que cette course avait la réputation d'être particulièrement difficile et que les meilleurs coureurs régionaux tenaient à inscrire leur nom à son palmarès.
L'édition de 1936 appartient donc à cette première période de l'histoire du cyclisme roquevairois, bien avant que l'appellation « Boucles Roquevairoises » ne s'impose dans les années d'après-guerre.
Le Vélo-Club Roquevairois.
Derrière cette manifestation se trouvait une véritable organisation sportive locale.
Le Vélo-Club Roquevairois avait ses couleurs et ses dirigeants, et son activité participait pleinement à la vie du village. Les documents historiques conservés sur Roquevaire indiquent qu'il portait notamment les couleurs vert et or. Après la guerre, alors que d'autres sociétés sportives locales avaient disparu, le Vélo-Club subsistait encore, ce qui témoigne de la profondeur de son implantation dans la commune.
L'organisation d'une course routière dans les années 1930 représentait un travail considérable. Il fallait préparer le parcours, réunir les coureurs, rechercher des récompenses et des partenaires, assurer la sécurité et organiser l'arrivée.
La course était également une affaire de village.
Le jour de l'épreuve, Roquevaire changeait de visage. Les habitants pouvaient voir arriver les coureurs depuis les communes voisines, entendre les conversations des spectateurs et suivre les informations concernant les favoris. Les cafés et les commerces devenaient naturellement des lieux de rassemblement pour les passionnés.
1936 : une course dans une époque particulière.
L'année 1936 appartient à une période particulièrement importante de l'histoire française.
Le Front populaire venait d'arriver au pouvoir, les congés payés allaient permettre à de nombreux Français de découvrir les vacances et les déplacements à bicyclette prenaient une importance nouvelle. Le vélo était alors profondément inscrit dans la vie quotidienne.
Dans les campagnes et les petites villes, le cycliste était une figure familière.
Il pouvait être ouvrier, artisan, employé ou jeune homme du village avant d'être coureur. Les compétitions régionales permettaient à certains d'entre eux de se mesurer à des coureurs beaucoup plus expérimentés.
Le Grand Prix de Roquevaire s'inscrivait précisément dans cette culture populaire du cyclisme.
Une épreuve réputée difficile.
La réputation du Grand Prix reposait principalement sur son caractère exigeant.
La documentation historique consacrée à l'épreuve précise que, sauf pendant les années 1947, 1948 et 1949 où le Grand Prix fut déplacé sur le circuit de l'Étoile et sa distance réduite, la course conserva la réputation d'être « très dure ». Les meilleurs coureurs régionaux attachaient une importance particulière à sa victoire.
Cette réputation permet de comprendre pourquoi le Grand Prix de Roquevaire occupait une place particulière dans le cyclisme provençal.
Une course difficile ne se gagnait pas seulement à la vitesse.
Il fallait savoir économiser ses forces, supporter les longues montées, résister à la chaleur, négocier les descentes et conserver suffisamment d'énergie pour les derniers kilomètres.
Pour les spectateurs, cette difficulté ajoutait encore au spectacle.
Les champions régionaux.
Le palmarès ancien conservé par la mémoire locale mentionne plusieurs noms associés aux premières années du Grand Prix : Louis Aimar, O. Bernardoni, Orgaro, Pecetti, Pernac et Castelin.
Il faut toutefois être prudent avec cette liste : la source disponible présente les noms du palmarès ancien sans attribuer explicitement, dans le texte publié, chaque coureur à une année précise entre 1932 et 1939.
Il serait donc hasardeux d'affirmer aujourd'hui, sans retrouver le journal de 1936, que l'un de ces coureurs fut nécessairement le vainqueur de l'édition 1936.
Cette précaution est importante pour l'histoire locale.
Un nom transmis par la mémoire ne doit pas être transformé en certitude historique sans confrontation avec les documents contemporains.
Louis Aimar, un nom à retenir.
Parmi les noms associés à cette histoire figure Louis Aimar.
Son nom est suffisamment lié à la tradition cycliste locale pour qu'une épreuve portant son nom soit encore organisée aujourd'hui dans le secteur d'Aubagne et de Roquevaire. Le parcours actuel du Souvenir Louis Aimar passe notamment par Pont de l'Étoile, Roquevaire, Pont de Joux, Auriol et Saint-Zacharie.
Cette continuité géographique est intéressante.
Elle rappelle combien le territoire de Roquevaire, d'Aubagne, d'Auriol et de la Sainte-Baume constitue depuis longtemps un véritable territoire cycliste.
Mais là encore, l'identité exacte du vainqueur de 1936 doit être établie à partir d'un document de presse ou d'une archive contemporaine avant d'être inscrite définitivement dans le palmarès.
Le rôle de la presse marseillaise.
Pour comprendre le Grand Prix de Roquevaire de 1936, les journaux régionaux constituent une source essentielle.
Une recherche de l'ASPHCR a notamment retrouvé dans Le Petit Marseillais du 14 septembre 1933 un article consacré à la « Course annuelle du Vélo Club de Roquevaire ». Cette découverte démontre que l'activité cycliste du club faisait bien l'objet de comptes rendus dans la presse marseillaise contemporaine.
C'est une piste particulièrement importante pour reconstituer l'édition de 1936.
Les journaux de l'époque pouvaient annoncer plusieurs jours à l'avance les engagements, présenter les favoris, publier le programme et, après la course, donner le classement et les circonstances de l'arrivée.
Une simple annonce pouvait parfois contenir davantage d'informations qu'un palmarès moderne : nom des organisateurs, catégorie des coureurs, primes, horaires, lieu de départ, parcours et parfois même les principaux favoris.
Le compte rendu publié après l'arrivée pouvait quant à lui fournir les écarts et le classement.
Roquevaire au rythme des coureurs.
On peut imaginer l'atmosphère qui régnait dans le village le jour du Grand Prix..
Depuis les premières heures de la matinée, les préparatifs animaient les rues. Les bicyclettes étaient soigneusement vérifiées. Les coureurs ajustaient leurs maillots et leurs chaussures. Les dirigeants du Vélo-Club s'assuraient du bon déroulement de l'organisation.
Puis venait le moment du départ.
Les premiers coups de pédale étaient généralement accompagnés par les encouragements des spectateurs. Peu à peu, les coureurs quittaient le cœur de Roquevaire pour s'engager sur les routes de la région.
Derrière eux, la course s'étirait.
Les plus forts commençaient à se détacher. Les routes provençales devenaient le théâtre d'une lutte d'endurance. Chaque montée sélectionnait davantage le groupe.
Et pendant ce temps, à Roquevaire, les spectateurs attendaient.
Les nouvelles de la course circulaient de bouche à oreille. Qui était en tête ? Quel coureur avait attaqué ? Les favoris avaient-ils résisté ?
L'arrivée constituait le moment attendu de toute la journée.
Une véritable fête populaire.
Le Grand Prix n'était pas seulement une compétition.
Il faisait partie de ces manifestations qui permettaient à une commune de se retrouver autour d'un événement commun.
Les familles venaient voir passer les coureurs. Les jeunes garçons rêvaient peut-être déjà de posséder un vélo de course. Les anciens discutaient des qualités des différents concurrents. Les passionnés comparaient les coureurs locaux aux champions venus des autres clubs.
À une époque où la télévision n'existait pas encore dans les foyers et où les retransmissions sportives étaient inexistantes, assister directement à une course représentait une expérience exceptionnelle.
Voir les coureurs passer à quelques mètres de soi était le spectacle.
Le Grand Prix avant les Boucles.
Il est important de replacer 1936 dans la chronologie générale.
Les bases modernes des courses cyclistes disparues distinguent les Boucles de Roquevaire, données comme une épreuve organisée de 1958 à 1964.
Mais la tradition cycliste de Roquevaire est beaucoup plus ancienne.
Le Grand Prix de Roquevaire est attesté dès 1932 et les sources locales en font l'ancêtre de cette tradition sportive qui se poursuivra après la guerre sous différentes formes.
L'année 1936 se trouve donc au cœur de cette première période.
Elle représente une époque où le vélo-club était encore à l'origine de l'organisation, où le Grand Prix était une grande compétition régionale et où les routes autour de Roquevaire constituaient le terrain de jeu des meilleurs routiers provençaux.
Une mémoire qui mérite d'être retrouvée.
Aujourd'hui, plus de quatre-vingt-dix ans après l'épreuve de 1936, les souvenirs directs ont pratiquement disparu.
Les coureurs sont morts, les dirigeants ont disparu et les spectateurs de l'époque ne sont plus là pour raconter la course.
Mais les journaux peuvent encore parler.
Une coupure de presse, une photographie, une affiche, une liste d'engagés ou un classement manuscrit peut suffire à faire revivre cette journée.
C'est pourquoi les recherches dans Le Petit Marseillais, Le Petit Provençal, Le Sémaphore de Marseille et la presse sportive de 1936 sont essentielles.
Elle pourrait montrer les coureurs avant le départ, le groupe lancé sur les routes, les dirigeants du Vélo-Club ou encore l'arrivée à Roquevaire.
Pour l'instant, aucune photographie trouvée en ligne ne peut être authentifiée avec suffisamment de certitude comme étant le Grand Prix de Roquevaire 1936. Il serait donc trompeur d'utiliser une simple photographie de cyclistes provençaux des années 1930 en la présentant comme celle de cette course.
1936, une page de l'histoire sportive de Roquevaire.
Le Grand Prix de Roquevaire de 1936 appartient à une époque aujourd'hui disparue.
C'était le temps des bicyclettes de course aux cadres métalliques, des boyaux, des maillots de clubs et des longues épreuves disputées sur les routes ordinaires. Les coureurs n'avaient ni les équipements modernes ni les moyens techniques dont disposent les sportifs d'aujourd'hui.
Ils avaient leur bicyclette, leurs jambes, leur courage et leur connaissance de la route. À Roquevaire, le Grand Prix représentait beaucoup plus qu'une simple course.
Il témoignait de la vitalité du village, de l'engagement de ses associations et de la passion de toute une génération pour le cyclisme.
Créé en 1932, le Grand Prix allait connaître plusieurs périodes au cours de son existence. Après la guerre, l'épreuve allait évoluer, connaître notamment les années particulières du circuit de l'Étoile, puis retrouver sa formule traditionnelle. En 1951, elle prit le nom de Souvenir Egea, en mémoire du coureur Antonin Egea, mort accidentellement pendant son travail.
Quelques années plus tard, en 1958, la course entra dans une nouvelle époque en s'ouvrant aux professionnels et en devenant les Boucles Roquevairoises. Cette nouvelle formule devait donner à Roquevaire une place encore plus importante dans le cyclisme régional et attirer des coureurs qui allaient devenir de grands champions.
Mais derrière les grands noms des années 1958-1964, il ne faut pas oublier les premières années. Et parmi elles, 1936.
C'est cette première génération de coureurs, de dirigeants et de passionnés qui a posé les fondations d'une tradition sportive appelée à durer plusieurs décennies.
Une histoire encore à compléter.
L'histoire du Grand Prix de Roquevaire 1936 n'est donc pas terminée.
La prochaine étape consiste à retrouver le numéro original du journal annonçant la course et surtout celui relatant son arrivée. C'est ce document qui permettra de donner à cette page de l'histoire roquevairoise toute sa précision : date exacte, parcours, nombre de partants, noms des coureurs, classement, clubs, écarts et identité incontestable du vainqueur.
Le Grand Prix de 1936 mérite ainsi de sortir de l'oubli.
Car derrière quelques noms conservés dans un ancien palmarès se trouve toute une histoire : celle d'un village, de ses cyclistes, de ses bénévoles, de ses spectateurs et de ces grandes journées où, pendant quelques heures, Roquevaire vivait au rythme du vélo.
De gauche à droite: Honorat - Gil - Joseph.
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