Solobio

 

Solobio, le village oublié de l’histoire de Roquevaire.

Avant Roquevaire, il y avait Solobio…

Lorsque l’on parcourt aujourd’hui les chemins et les collines de Roquevaire, il est difficile d’imaginer qu’il y a près d’un millénaire, sur ces mêmes terres, existait un territoire portant un nom aujourd’hui presque oublié : Solobio.

Pourtant, les vieux documents médiévaux ont conservé sa trace.

Solobio apparaît dans les textes sous différentes formes, notamment Solobii, Solobiis ou Solobitum. La plus ancienne mention actuellement connue remonte à 1040, lorsqu’un acte conservé dans le cartulaire de l’abbaye Saint-Victor de Marseille cite la « villa Solobii ».

Le mot villa, dans les documents médiévaux, ne désigne pas nécessairement un village au sens où nous l’entendons aujourd’hui. Il correspond plutôt à un territoire organisé, comprenant des terres, des habitations, des cultures et des droits. Solobio était donc bien davantage qu’un simple lieu-dit : il constituait une véritable entité du paysage médiéval.

À cette époque, Roquevaire n’était pas encore le village que nous connaissons. Le territoire était composé de plusieurs pôles d’occupation. Solobio et Lasa comptaient parmi ces anciennes entités qui témoignent d’un peuplement ancien et organisé.

Un territoire qui s’étendait sur les collines.

Le Solobio médiéval ne correspondait probablement pas à un seul point précis de la carte actuelle.

Au XIXᵉ siècle, le souvenir de cet ancien territoire subsistait encore dans le nom Solobre. Le géographe et historien Jean-Anselme-Bernard Mortreuil, dans son Dictionnaire topographique de l’arrondissement de Marseille publié en 1872, décrit Solobre comme une chaîne de collines située sur la rive gauche de l’Huveaune, depuis Saint-Estève jusqu’à la Gardy, dans la commune de Roquevaire.

Ainsi, derrière le nom de Solobre, conservé par la géographie locale, se cachait probablement la mémoire d’un territoire beaucoup plus ancien.

Les collines, les chemins, les vallons et les terres cultivées que nous connaissons aujourd’hui formaient autrefois un paysage différent. Des hommes y vivaient, y travaillaient la terre, exploitaient les ressources naturelles et circulaient entre les différents habitats.

Solobio appartenait à ce monde rural du Moyen Âge, aujourd’hui disparu mais dont les noms de lieux ont conservé quelques fragments.

Une église à Solobio.

La présence d’une église donne une importance particulière à Solobio.

Le 30 décembre 1153, une bulle du pape Anastase IV mentionne une « Esclesia de Solobiis », c’est-à-dire l’église de Solobio.

Cette mention est précieuse.

Elle nous révèle qu’au XIIᵉ siècle, Solobio ne constituait pas seulement un territoire agricole. Il possédait également un lieu de culte identifié, suffisamment important pour être mentionné dans un acte pontifical.

Quelques années plus tard, en 1163, l’église de Solobre fut attribuée au chapitre de la Major de Marseille. Cette situation fut ensuite confirmée par une bulle du pape Luc III, datée du 5 juin 1182.

À travers ces documents, Solobio apparaît donc comme une communauté intégrée dans l'organisation religieuse et territoriale de la Provence médiévale.

Solobio, témoin d’un monde aujourd’hui disparu.

Les siècles ont cependant profondément transformé le paysage.

Au Moyen Âge, les habitants ne vivaient pas nécessairement regroupés comme nous les connaissons aujourd’hui. L’habitat était dispersé entre domaines agricoles, petits groupes de maisons et villages. Les déplacements, la sécurité, les pouvoirs seigneuriaux et l'organisation religieuse contribuèrent progressivement à modifier cette organisation.

Peu à peu, le centre de gravité du territoire se déplaça.

Le développement de Roquevaire, de son château et de son bourg entraîna progressivement la disparition ou l'absorption de certains anciens pôles d'habitat.

Solobio perdit alors son importance en tant qu'entité autonome.

Mais il ne disparut pas complètement.

Son nom continua de vivre dans la toponymie, transmis au fil des générations sous la forme Solobre.

C’est ainsi que certains noms de collines et de terres ont conservé la mémoire d’un passé que les hommes avaient presque oublié.

Un nom encore présent au XIIIᵉ siècle.

La trace de Solobio ne s’arrête d’ailleurs pas au XIIᵉ siècle.

En 1259, un document mentionne un chevalier nommé Geoffroy de Solobiis. Son nom est particulièrement intéressant : il semble faire directement référence à Solobio.

À cette époque, le territoire avait déjà connu de profondes transformations, mais le nom de Solobio demeurait suffisamment connu pour servir encore à identifier une personne.

C’est un témoignage discret, mais précieux.

Il nous permet d’imaginer que le souvenir de cette ancienne communauté et de son territoire n’avait pas encore disparu de la mémoire des habitants et des hommes qui administraient la région.

Solobio et les origines de Roquevaire.

L’histoire de Solobio permet surtout de comprendre que Roquevaire ne s’est pas construit en un seul jour.

Avant la constitution du village autour du Sarret et de son château, le territoire était déjà occupé et organisé.

Des hommes vivaient ici.

Ils cultivaient les terres, exploitaient les ressources de leur environnement, se déplaçaient le long des chemins et se rassemblaient autour de leurs lieux de culte.

Lasa et Solobio appartiennent à cette première histoire de notre territoire.

Lorsque Roquevaire s'affirma comme centre politique et seigneurial, ces anciens territoires perdirent progressivement leur autonomie et leur importance. Le nouveau bourg allait devenir le cœur de la communauté.

Mais les anciens noms ne disparurent jamais complètement.

La mémoire des pierres et des noms.

Aujourd’hui, lorsque nous prononçons le nom de Saint-Estève, de la Gardy ou de Solobre, nous employons peut-être sans le savoir des noms qui portent en eux une partie de cette histoire.

Il n'y a plus de village médiéval de Solobio visible sous nos yeux.

Plus de maisons alignées le long d'une rue.

Plus de place où se retrouver.

Plus de cloches sonnant depuis son ancienne église.

Pourtant, son histoire demeure.

Elle dort dans les chartes de Saint-Victor, dans les bulles des papes, dans les anciens textes, dans les noms de lieux et dans les paysages.

Et c’est peut-être cela qui rend Solobio si attachant.

Un village dont il ne reste presque rien à voir, mais dont le nom a traversé près de mille ans d’histoire.

Lorsque nous parcourons aujourd’hui les collines de Roquevaire, nous marchons peut-être sur les terres de ces hommes et de ces femmes qui, au XIᵉ et au XIIᵉ siècle, donnaient vie à Solobio.

Ils ont disparu.

Leurs maisons ont disparu.

Leur organisation a disparu.

Mais leur nom est resté.

Solobio appartient désormais aux villages oubliés de Roquevaire : ceux que les siècles ont effacés du paysage, mais que les archives permettent encore de faire revivre.

Et derrière ce nom ancien se dessine une conviction essentielle pour comprendre notre commune :

Roquevaire n’est pas né d’un seul village. Il est l’héritier d’un territoire beaucoup plus ancien, façonné par plusieurs communautés dont Solobio fut l’un des premiers témoins.

 

Chapelle Saint-Esteve devenue demeure privée.