Hôpital.

 

 

L’hôpital de Roquevaire : une institution née au Moyen Âge

L’histoire de l’hôpital de Roquevaire remonte au XIVᵉ siècle, à l’époque où la seigneurie était encore entre les mains de la famille des anciens seigneurs de Roquevaire. La tradition historique locale attribue à Audibert II de Roquevaire, seigneur de Roquevaire de 1309 à 1348, la fondation de cet établissement destiné à accueillir et secourir les plus démunis. Les travaux historiques consacrés aux seigneurs de Roquevaire confirment la place d’Audibert II dans cette période de l’histoire de la commune.

Selon les sources locales, le testament d’Audibert II prévoyait une véritable œuvre de bienfaisance : treize lits devaient être réservés aux malades indigents afin qu’ils puissent être accueillis et soignés. Le seigneur aurait également prévu une aumône générale trois fois par semaine, destinée aux pauvres qui se présenteraient à l’établissement.

Cette fondation témoigne du rôle que pouvaient jouer les seigneurs dans l'organisation de l'assistance aux populations pauvres au Moyen Âge. L'hôpital n'était alors pas seulement un lieu de soins au sens moderne du terme : il constituait également un lieu d'accueil, de secours et de charité.

Un hôpital au cœur du village

L’établissement se trouvait dans l’ancienne voie qui correspond aujourd’hui à l’avenue des Alliés. Cette artère a connu plusieurs dénominations au cours de son histoire. Elle fut notamment appelée rue de l’Hôpital, puis rue principale, rue royale et rue nationale, avant de devenir l’actuelle avenue des Alliés.

L’emplacement traditionnellement retenu pour l’ancien hôpital correspond au secteur du numéro 10 de l’actuelle avenue des Alliés.

À l’époque, la rue était beaucoup plus étroite qu’aujourd’hui. L’hôpital occupait donc une place importante dans le tissu urbain du vieux Roquevaire.

La chapelle des Pénitents blancs

Au début du XVIIᵉ siècle, l'histoire de l'hôpital se trouva étroitement liée à celle d'une confrérie religieuse.

La confrérie des Pénitents blancs fut fondée en 1609, et une chapelle fut alors établie immédiatement à côté de l'ancien hôpital. Les deux édifices étaient si proches qu'ils communiquaient pratiquement l'un avec l'autre.

Un document de 1782 apporte un témoignage particulièrement intéressant sur cette proximité. Il indique que l'hôpital « joignait immédiatement » la chapelle et qu'une fenêtre de l'hôpital donnait directement dans celle-ci. Cette disposition permettait aux malades et aux convalescents d'entendre la messe depuis leur établissement, sans avoir à se déplacer.

La chapelle était consacrée à Sainte-Catherine. Les sources locales la décrivent comme un édifice élégant, contrastant avec l'aspect beaucoup plus modeste de l'hôpital qui lui était contigu.

Cette chapelle des Pénitents blancs ne doit toutefois pas être confondue avec la chapelle qui porte aujourd'hui ce nom à Roquevaire : il s'agissait d'un premier édifice, aujourd'hui disparu.

L’hôpital à la veille de la Révolution

À la fin de l’Ancien Régime, l’hôpital constituait toujours un établissement relevant de l’assistance et possédait un patrimoine destiné à assurer son fonctionnement.

L'inventaire des biens ecclésiastiques dressé en 1790 apporte des renseignements particulièrement précieux. Il mentionne une maison située dans le quartier des Pénitents blancs, appartenant à l’hôpital, ainsi que des capitaux constitués en rentes sur 78 particuliers.

L’ensemble de ces capitaux était alors estimé à 27 750 livres, 3 sols et 4 deniers. L’inventaire mentionne également une somme de 20 livres correspondant à un don à titre d’aumône de la communauté.

Ces chiffres montrent que l’hôpital ne reposait pas uniquement sur la générosité ponctuelle : il disposait d'un patrimoine financier destiné à produire des revenus pour assurer sa mission.

Un second établissement : l’hôpital pour les pauvres et les étrangers

Il existait également à Roquevaire un autre établissement d’assistance, distinct de l’ancien hôpital situé près des Pénitents blancs.

Au XVIIIᵉ siècle, les sources locales mentionnent ainsi un hôpital municipal destiné aux pauvres, également appelé « hôpital pour les étrangers ». Celui-ci se trouvait rue Brégançon, sous le roc du château.

Il s'agissait d'un bâtiment de dimensions modestes, mesurant environ 9 mètres sur 7 mètres, élevé sur deux niveaux.

La description ancienne permet d'en imaginer précisément l'organisation :

  • au rez-de-chaussée : une salle ;
  • au premier étage : une salle et deux chambres ;
  • au niveau supérieur : une étable ;
  • l'établissement ne disposait que d'un gardien, rémunéré de six écus par an.

En 1794, la valeur de cet immeuble était estimée à 5 000 livres.

Cette description est particulièrement intéressante car elle montre les conditions très modestes dans lesquelles fonctionnait l'assistance aux malades et aux personnes sans ressources à Roquevaire à la fin de l'Ancien Régime.

La Révolution et la disparition des anciens biens hospitaliers

La Révolution française bouleversa profondément l'organisation des établissements religieux et charitables.

Les biens de l'ancien hôpital furent recensés dans les opérations relatives aux biens ecclésiastiques et aux biens nationaux. L'inventaire de 1790 permet ainsi de retrouver une partie du patrimoine de l'hôpital avant les transformations révolutionnaires.

L'établissement ne disparut cependant pas avec la Révolution : l'institution hospitalière continua d'exister et connut ensuite plusieurs transformations.

L’élargissement de la route et la disparition de l’ancien hôpital

Au XIXᵉ siècle, le développement des voies de communication allait profondément modifier le cœur ancien de Roquevaire.

L'ancienne rue de l'Hôpital, devenue une voie de circulation importante, fut progressivement transformée et élargie. C'est dans ce contexte que l'ancien hôpital et la première chapelle des Pénitents blancs furent détruits en 1847, lors de l'élargissement de l'actuelle avenue des Alliés, alors intégrée au grand axe routier traversant Roquevaire.

Ainsi, un établissement dont l'origine remontait au Moyen Âge disparut physiquement du paysage urbain.

Mais son souvenir demeura inscrit dans la toponymie : pendant longtemps, cette partie de la traversée du village fut associée au nom de rue de l'Hôpital, avant que les différentes appellations successives de la voie ne conduisent à son nom actuel, avenue des Alliés.

Une mémoire hospitalière qui se poursuit

L'histoire de l'hôpital ne s'arrête toutefois pas avec la disparition du bâtiment médiéval.

L'institution hospitalière de Roquevaire se poursuivit sous d'autres formes. Les documents locaux relatifs à l'hospice montrent notamment qu'au XIXᵉ siècle celui-ci disposait encore de treize lits, chiffre traditionnellement rattaché à la fondation d'Audibert II. En 1852, deux religieuses, les sœurs Gaudifri et Bertrand, dirigeaient l'hospice. Elles furent ensuite remplacées par deux autres religieuses de leur congrégation. À partir de 1878, l'hospice fut notamment desservi par les sœurs trinitaires de Sainte-Marthe, jusqu'au milieu du XXᵉ siècle.

L'histoire de l'assistance à Roquevaire s'inscrit donc dans une très longue continuité : depuis la fondation attribuée à Audibert II au XIVᵉ siècle, en passant par l'hôpital des pauvres de l'Ancien Régime, les bouleversements révolutionnaires, puis l'hospice du XIXᵉ et du XXᵉ siècle.

Pendant plus de six siècles, les formes de l'établissement ont changé, les bâtiments ont disparu ou ont été reconstruits, les modes de prise en charge ont évolué, mais la vocation essentielle est restée la même : accueillir, secourir et soigner les habitants les plus fragiles de Roquevaire.

 

 

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