Lasa.

 

Image Google Maps.

 

Il y avait autrefois un village, Lasa situé à La Colombière, sur la rive droite de l'Huveaune, à l'entrée du village. En contrebas se trouve la Chapelle Saint-Vincent, qui est actuellement au service technique. Le territoire de Lasa s'étendait jusqu'au ravin de Basseron.

Le plus ancien document mentionnant Lasa remonte à l'année 1026. Il s'agit d'une donation faite au monastère de Saint-Victor par deux religieuses nommées Adalmoïs et Cliserdis, sœurs de Raimbaud, l'archevêque d'Arles. Ce document situe Lasa le long de l'Huveaune et lui donne la qualification de "villa", un terme de l'époque désignant un gros village. Le territoire de Lasa était enclavé entre ceux d'Auriol et d'Aubagne, s'étendant jusqu'à Garlaban. L'église de Lasa était dédiée à Saint-Vincent.

Le territoire du village devait occuper la partie du territoire actuel de Roquevaire qui se trouve sur la rive droite du fleuve. Les maisons de Lasa étaient probablement construites sur les collines qui surplombent la zone connue sous le nom du Claou, bien que plus aucun vestige de ce village ancien ne subsiste aujourd'hui.

 

Lasa, le premier village de Roquevaire.

Avant que le nom de Roquevaire n'apparaisse dans les textes du XIIᵉ siècle, le territoire de l'actuelle commune était déjà occupé par plusieurs habitats. Parmi eux, Lasa paraît avoir constitué l'un des principaux établissements de la moyenne vallée de l'Huveaune.

Les recherches historiques et archéologiques permettent de situer Lasa dans le vallon de Saint-Vincent, sur la rive droite de l'Huveaune, à proximité de l'actuelle chapelle Saint-Vincent. Le site se trouvait sur les pentes de la Colombière, dans le secteur de l'actuelle entrée de Roquevaire.

Mais Lasa n'était pas simplement un lieu-dit : les sources médiévales le désignent comme une villa, terme qui pouvait alors désigner un domaine rural important mais également une véritable communauté d'habitat.

Où se trouvait exactement Lasa ?

C'est probablement la question la plus intéressante pour ton livre.

Pendant longtemps, les historiens avaient une connaissance assez générale de Lasa. Pierre Servan, dans son étude publiée en 1960 dans Provence historique, a toutefois tenté de retrouver concrètement son emplacement.

Il écrit que :

« Le village de Lasa était situé sur les pentes de la colline qui bordent la rive droite de l'Huveaune. »

Il précise ensuite que plusieurs chemins descendaient de Lasa vers Saint-Vincent et décrit le vallon ou “gorgue Sainte-Anne”, dans lequel se trouvait le village. Le vallon descendait jusqu'à l'Huveaune, au pied du Roc Sainte-Anne.

La localisation peut donc être formulée ainsi :

Lasa se trouvait sur le versant de la Colombière, sur la rive droite de l'Huveaune, dans le secteur du vallon de Saint-Vincent, au-dessus et autour de l'actuelle chapelle Saint-Vincent.

Il faut néanmoins être rigoureux : nous ne possédons pas, à ma connaissance, un plan cadastral médiéval permettant de tracer les limites exactes du village maison par maison. La localisation précise proposée par Servan repose sur la confrontation des textes anciens, de la topographie et du réseau des anciennes voies. Il serait donc excessif de donner aujourd'hui une parcelle cadastrale précise comme étant « le village de Lasa ».

Le PLUi du Pays d'Aubagne et de l'Étoile reprend cette interprétation en indiquant qu'un habitat groupé du Premier Moyen Âge était établi dans un méandre de l'Huveaune, sur les ruines d'une villa rustica, au niveau du site de l'église Saint-Vincent.

Une occupation beaucoup plus ancienne que le Moyen Âge.

L'intérêt de Lasa est qu'il ne s'agit probablement pas d'une création médiévale.

Le secteur de Saint-Vincent présente des traces d'occupation beaucoup plus anciennes.

Le diagnostic historique du PLUi indique plusieurs phases :

un oppidum celto-ligure ;

puis un habitat groupé du Premier Moyen Âge ;

installé dans un méandre de l'Huveaune ;

sur les vestiges d'une villa rustica antique.

Le Roquevaire Magazine publié par la commune rappelle également la présence de traces d'habitat perché sur les hauteurs du vallon de Saint-Vincent et indique qu'une villa romaine se trouvait à l'entrée du vallon, aux abords de la chapelle Saint-Vincent.

La chapelle elle-même conserve un élément antique remarquable : un cippe funéraire romain, réemployé comme linteau. Le magazine municipal signale également des découvertes de sarcophages à proximité.

On peut donc envisager une longue continuité d'occupation du secteur :

occupation protohistorique → établissement gallo-romain → habitat du haut Moyen Âge → Lasa médiéval → déplacement progressif vers Roquevaire.

Il faut cependant éviter d'affirmer qu'il existe une continuité directe et ininterrompue entre chacun de ces habitats : les sources ne permettent pas encore de démontrer une telle continuité avec certitude.

Les premières mentions écrites.

Voici la chronologie que je te conseille de retenir pour ton livre.

1040 : Villa Lasa.

C'est une date fondamentale.

Un acte de donation au monastère de Saint-Victor de Marseille, associé à Raimbaud de Reillane, mentionne ce que Raimbaud possède « in villa Lasa ».

La donation concerne notamment des droits sur Lasa : juridiction, baillie et albergue.

Cette mention démontre que Lasa constitue déjà une entité territoriale et seigneuriale reconnue au XIᵉ siècle.

1056 : une charte particulièrement importante.

Nous possédons ici une documentation exceptionnelle.

Une charte originale conservée aux Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 1 H 34 n°159, datée de 1056, concerne une donation faite à Saint-Victor par Adalmodis et Hildisindis, religieuses et sœurs de Raimbaud, archevêque d'Arles.

Le document mentionne explicitement :

« la villa dite Lasa », située au bord de l'Huveaune, avec l'église Saint-Vincent et l'ensemble de ses biens.

C'est une source absolument essentielle pour ton livre.

Elle établit trois choses :

Lasa existe au XIᵉ siècle ;

Lasa est qualifiée de villa ;

L'église de Lasa est déjà placée sous le vocable de Saint-Vincent.

1079 : Lassa.

Le nom réapparaît dans le cartulaire de Saint-Victor sous la forme Lassa, dans un acte daté du 4 juillet 1079.

1153 : l'église de Lasa.

Une étape essentielle intervient au XIIᵉ siècle.

Le 30 décembre 1153, le pape Anastase IV confirme à l'évêque de Marseille l'église de Laza/Lasa.

La documentation ecclésiastique permet donc de suivre non seulement le territoire de Lasa, mais également son organisation religieuse.

Cela montre que le site possède encore une existence religieuse reconnue au milieu du XIIᵉ siècle.

1155 : naissance de Roquevaire.

C'est ici que l'histoire de Lasa rejoint directement celle de Roquevaire.

Au milieu du XIIᵉ siècle, les seigneurs d'Auriol font édifier une forteresse sur le grand rocher dominant la vallée.

Le PLUi situe cette construction autour de 1155, sous la forme Rocha Vaira / Rocca Vaira. La position du château permettait de contrôler un passage stratégique de la vallée de l'Huveaune.

C'est probablement à cette époque que commence le déplacement progressif du centre de peuplement.

Et il faut apporter ici une nuance importante à l'histoire traditionnelle :

Lasa ne disparaît pas nécessairement d'un seul coup.

Le diagnostic historique du PLUi indique qu'au milieu du XIIᵉ siècle, des groupes de population viennent se réfugier sous la Rocca Vaira. La nouvelle communauté installée autour du rocher reprend même le nom de Lasa et se place sous la protection de l'église Sainte-Marie de Lausa.

Cela permet de mieux comprendre pourquoi certains textes du XIIIᵉ siècle continuent à employer le nom Laza.

1206 : « Castrum quod vocatur Laza »

C'est une date particulièrement intéressante.

Une charte datée du 12 octobre 1206 mentionne :

« Castrum quod vocatur Laza »

c'est-à-dire « le château qui est appelé Laza ».

Cette mention est importante parce qu'elle montre que le nom Laza/Lasa continue à vivre dans la documentation, alors que le nouveau centre fortifié de Roquevaire s'est développé.

En d'autres termes, il faut éviter d'écrire simplement :

« Lasa disparaît en 1155 et Roquevaire apparaît. »

La réalité paraît avoir été beaucoup plus progressive.

1246 : encore une trace de Laza.

Le 25 octobre 1246, une autre charte mentionne :

« Castrum quod vocatur Laca ».

Cette forme peut être considérée comme une variante graphique de Laza/Lasa dans la documentation médiévale.

1282 : « Lense de Sancto Victore »

Le 17 avril 1282, une charte des archives de Saint-Victor mentionne encore une forme liée à Lasa.

Cela confirme que la mémoire territoriale et foncière de Lasa se prolonge longtemps après le déplacement du principal centre d'habitat.

Lasa et les chemins anciens.

C'est ici que les recherches de Pierre Servan deviennent particulièrement précieuses.

Dans Voies antiques de la moyenne vallée de l'Huveaune, publié en 1960 dans Provence historique, tome X, fascicule 41, p. 189-221, Servan consacre une partie importante de son étude à Lasa.

Il ne se contente pas de citer les textes.

Il cherche à retrouver le village sur le terrain.

Il décrit notamment :

les pentes de la Colombière ;

le vallon de Saint-Vincent ;

la « gorgue Sainte-Anne » ;

les chemins descendant vers l'Huveaune ;

les anciennes voies reliant Lasa à Marseille ;

les chemins vers Auriol ;

les communications vers le Plan-d'Aups ;

les chemins vers Lascours et Peypin.

Il explique notamment qu'un ancien chemin passait directement par Lasa, puis continuait vers Capiens et les autres habitats anciens de la commune.

Cette étude est donc fondamentale pour comprendre pourquoi Lasa s'est développé à cet endroit : le site n'était pas isolé.

Il se trouvait sur un véritable réseau de circulation ancien.

Lasa, un carrefour de la vallée.

Le vallon de Saint-Vincent formait naturellement un passage entre la moyenne vallée de l'Huveaune et le secteur du Merlançon.

Servan souligne que le défilé de Saint-Vincent constitue un passage naturel entre ces deux ensembles géographiques.

Lasa se trouvait donc dans une position intéressante :

Huveaune → Saint-Vincent → Colombière → chemins vers Marseille / Auriol / Sainte-Baume / Lascours.

Cette situation contribue probablement à expliquer l'ancienneté de l'occupation.

Que devient Lasa ?

Au cours du XIIᵉ siècle, le centre politique et militaire se déplace progressivement vers le rocher de Rocca Vaira.

Le château offre un avantage considérable : il domine la vallée et contrôle les voies de passage.

La population se regroupe progressivement autour du nouveau centre fortifié.

C'est ainsi que l'ancien territoire de Lasa participe à la naissance de Roquevaire.

Mais le nom de Lasa ne disparaît pas immédiatement.

Les actes des XIIᵉ et XIIIᵉ siècles montrent au contraire que le nom continue d'être utilisé pour désigner des lieux, des terres, des droits et probablement différentes réalités territoriales.

Une histoire qu'il faut raconter avec prudence.

Pour ton livre, je te conseille donc de ne plus écrire que « Lasa fut simplement abandonné au XIIᵉ siècle ».

La documentation actuelle permet une formulation plus nuancée :

Lasa était un ancien établissement de la vallée de l'Huveaune, implanté sur la rive droite du fleuve, dans le secteur de Saint-Vincent et de la Colombière. Au XIᵉ siècle, les textes le désignent comme une villa et mentionnent son église Saint-Vincent. À partir du milieu du XIIᵉ siècle, l'édification de la forteresse de Rocca Vaira entraîne un déplacement progressif du centre de peuplement vers le nouveau site fortifié. Le nom de Lasa ne disparaît cependant pas immédiatement des documents et semble même avoir été repris par la nouvelle communauté installée autour du rocher du Sarret.

Chronologie de Lasa.

Date Événement Antiquité. Présence d'un établissement gallo-romain dans le secteur de Saint-Vincent Xe siècle ou avant Existence probable d'un habitat ancien à Lasa ; le PLUi évoque un habitat antérieur au Moyen Âge 1040 Mention de « villa Lasa » dans une donation à Saint-Victor 1056 Charte originale : villa Lasa au bord de l'Huveaune avec l'église Saint-Vincent 1079 Mention de Lassa 1153 Bulle d'Anastase IV concernant l'église de Lasa 1155 Construction de la forteresse de Rocca Vaira 1163. L'église de Laza est concernée par la transaction entre l'évêque de Marseille et le chapitre de la Major 1164. Sentence arbitrale concernant la possession de Laza 1206 Mention de « Castrum quod vocatur Laza »1216 Honorius III confirme pour moitié la possession de Laza aux religieuses de Saint-Sauveur 1246 Mention de « Castrum quod vocatur Laca »1282 Nouvelle mention liée à Saint-Victor 1960 Pierre Servan publie son étude majeure sur les voies anciennes et propose une localisation précise de Lasa

Les principales dates médiévales sont issues notamment des références aux cartulaires de Saint-Victor et aux archives ecclésiastiques reprises par les travaux historiques sur Roquevaire.