Les moulins.

 

 

Moulin à huile Négrel.

 

 

Ancien moulin qui se situé le service technique de la Mairie de Roquevaire, aux Berges de l'Huveaune. Sur le terrain Négrel.

 

 

 

Les moulins en général possèdent une machine hydraulique vers laquelle l'eau d'une rivière ou d'un béal est dérivée. Ces machines sont conçues pour triturer diverses matières, à l'origine comportant une ou plusieurs meules, principalement les grains de céréales récoltées afin de les transformer en poudre plus ou moins grossière ou farine.

Sur les bords des béals on trouve toutes sortes de moulins: à farine, à papier, à tan, à foulon, à plâtre, ) l'huile, ) recense, à grignons... et même des moulins à poudre.

 

Moulin à farine.

4 moulins à Roquevaire  (16 meules, 55 ouvriers).

 

Moulin à papier.

2 à Roquevaire en 1727.

4 à Roquevaire en 1784.

1 à Roquevaire en 1830 (24 ouvriers dont 14 femmes et enfants).

1 à Pont de l’Étoile de 1869 à 1890 (20 ouvriers).

 

Moulin à foulon.

Les moulins à foulon, servant à battre ou à fouler la laine tissée, à Roquevaire il y avait le lavage de la laine.

 

Moulin à tan.

Une tannerie à Roquevaire à coté du stade.

 

Moulin à huile.

6 à Roquevaire (7 ouvriers).

 

Moulin de la rèsso (scierie à eau).

3 à Roquevaire en 1820.

 

 

Histoire du moulin de Roquevaire : une saga hydraulique provençale

Ce moulin, situé au cœur de la Provence, incarne l’adaptabilité des installations hydrauliques pré-industrielles. Au fil des siècles, il a successivement servi à la production d’huile d’olive, de tan (pour le traitement des cuirs), de farine, et même de plâtre, reflétant les besoins économiques changeants de la région. Ces transformations, ainsi que la succession de ses propriétaires, nous ont été révélées grâce aux travaux de M. R. V., dont les recherches ont permis de reconstituer cette histoire complexe.

Une exploration approfondie des Archives départementales des Bouches-du-Rhône a mis au jour une richesse documentaire concernant la famille Cabre et les moulins de la région. Ces archives, une fois analysées, ont élargi notre compréhension de ce patrimoine, nous ramenant jusqu’en 1056, date des premières traces écrites liées à ces installations.


 Le moulin à huile : un enjeu économique et juridique

Chronologie des conflits

Un acte notarié daté d’avril 1674 mentionne déjà l’utilisation des eaux pour ce moulin, confirmant son ancienneté. Cependant, c’est au début du XIXe siècle que les tensions atteignent leur paroxysme. En 1810, une commission composée de :

M. Bosq, juge de paix de Roquevaire,

Antoine Vernis, maçon de Roquevaire,

Louis Castellan, maçon d’Auriol,
se rend sur place en présence de :

Jean-Laurent Turcat (père du futur maire de Roquevaire, Jean-Laurent Turcat fils, qui deviendra maire en 1815),

Mme de Cabre Fortia, héritière d’une lignée de propriétaires de moulins.

 Le cœur du litige : les droits d’eau

Le conflit oppose M. Turcat, propriétaire du moulin à huile, à Mme de Cabre Fortia, propriétaire du martinet adjacent. Plusieurs points sont en jeu :

L’accès au canal : Turcat affirme que le martinet, dont le bâtiment serait plus récent, n’a pas de droit d’accès direct au canal alimentant son moulin.

L’usage des eaux : Mme de Cabre Fortia soutient que son martinet a toujours utilisé les mêmes eaux que le moulin à huile, conformément à des droits ancestraux.

L’état du canal : Les archives révèlent que le canal avait été « comblé » (obstrué) et « la prise emportée » (le système de dérivation détruit). une règle coutumière provençale stipule que « les droits renaissent à l’instant que l’eau est redonnée au canal ». Cette clause, typique des conflits hydrauliques de l’époque, souligne que les droits d’usage sont inaliénables tant que l’eau coule à nouveau.

Ce litige s’inscrit dans un contexte plus large de tensions autour de la gestion de l’eau en Provence, où les moulins — qu’ils soient à huile, à farine ou à tan — dépendent entièrement des canaux d’irrigation et des droits d’usage souvent hérités du Moyen Âge.


Focus historique : les éléments clés

1. La famille Cabre : une dynastie de meuniers et d’industriels

La famille Cabre (ou Cabre de Roquevaire) est une lignée influente dans la région. Son nom apparaît dans de nombreux actes notariés liés à l’exploitation des moulins. À l’époque moderne, les Cabre possédaient plusieurs installations hydrauliques, dont :

Des moulins à huile (pour la production d’huile d’olive, activité majeure en Provence).

Des moulins à farine (pour les besoins locaux et l’exportation).

Des martinets (pour le traitement des métaux ou des cuirs).

Leur influence s’étendait au-delà de Roquevaire, avec des liens avec Auriol, Aubagne, et même Marseille, où l’huile d’olive était un produit d’exportation essentiel.

2. Le martinet : un outil industriel méconnu

Le martinet est un type de moulin spécialisé, souvent associé à :

La métallurgie : il actionne des marteaux pour forger le fer (d’où son nom).

Le traitement des cuirs : il écrase les écorces de chêne ou de châtaignier pour produire du tan, utilisé dans le tannage des peaux.

La fabrication de plâtre : dans certains cas, il broie le gypse.

À Roquevaire, le martinet de Mme de Cabre Fortia était probablement dédié au tan ou à la métallurgie, deux activités complémentaires aux moulins à huile et à farine.

3. Les conflits d’eau en Provence : un phénomène récurrent

Les litiges autour des droits d’eau étaient fréquents en Provence, où les cours d’eau comme la Cadière ou le Huveaune alimentaient de nombreux moulins. Les règles coutumières, souvent transmises oralement, étaient parfois contestées lorsque :

Un nouveau propriétaire reprenait un moulin et remettait en cause les usages établis.

Un canal était modifié ou obstrué, comme dans le cas du moulin de Roquevaire.

Les besoins économiques changeaient (ex : passage de la farine à l’huile d’olive).

En 1809-1810, la Révolution française et le Code Napoléon avaient recentré la gestion des eaux sous l’autorité de l’État, mais les droits coutumiers continuaient de jouer un rôle majeur dans les conflits locaux.


 Conclusion : un patrimoine hydraulique à préserver

Ce moulin, avec son histoire mouvementée, illustre l’importance des installations hydrauliques dans l’économie provençale. Des Cabre aux Turcat, en passant par les artisans comme Antoine Vernis et Louis Castellan, chaque acteur a contribué à façonner son destin. Les conflits comme celui de 1810 rappellent que l’eau, ressource vitale, était au cœur des tensions sociales et économiques de l’époque.