Électricité à Roquevaire.
1888 — L'électricité arrive à Roquevaire.
À la fin du XIXᵉ siècle, l’électricité commence à transformer profondément les villes et les villages. À Roquevaire, cette révolution technique intervient particulièrement tôt.
Le 21 juillet 1888, la municipalité de Roquevaire concède à Alphonse Favier, ingénieur civil domicilié à Aubagne, le droit d’établir un service d’éclairage électrique dans la commune. Cette décision fait suite aux délibérations du conseil municipal de juillet 1888 et doit encore recevoir l'approbation préfectorale.
Le projet présente un intérêt à la fois pratique et économique. Jusqu'alors, l'éclairage public repose notamment sur l'huile ou l'essence de pétrole. La municipalité voit dans l'électricité un moyen d'obtenir une lumière plus efficace tout en réalisant une économie sur les dépenses d'éclairage.
Le premier réseau prévu à Roquevaire doit notamment assurer l'éclairage public à l'aide de 20 lampes de 10 bougies. Le projet ne se limite cependant pas aux rues : l'électricité doit également pouvoir être fournie aux particuliers. Le secteur de Pont-de-l'Étoile est lui aussi mentionné dans le projet.
Une électricité produite grâce à l'eau de l'Huveaune.
L'une des particularités de cette première installation roquevairoise réside dans son mode de production.
À cette époque, il n'existe évidemment pas encore de grand réseau électrique national. L'électricité doit être produite localement, au moyen d'une machine dynamo entraînée par une source d'énergie disponible sur place.
À Roquevaire, cette énergie est fournie par la force hydraulique.
René Verrier, dans sa Petite Histoire de Roquevaire, explique que :
« La force hydraulique animait la petite dynamo de Favier : c'était d'abord une simple roue, à la scierie, ce fut plus tard une turbine, à Saint Estève. »
Cette indication est particulièrement intéressante car elle montre que les premières installations électriques de Roquevaire étaient directement liées à l'histoire industrielle et hydraulique de la commune.
Dans un premier temps, une roue hydraulique installée auprès d'une scierie fournit la force nécessaire à la dynamo. Par la suite, le dispositif évolue et une turbine hydraulique est installée à Saint-Estève, permettant d'utiliser plus efficacement la puissance de l'eau.
L'électricité produite localement pouvait ainsi être immédiatement utilisée pour l'éclairage, sans dépendre d'un réseau extérieur.
Une petite centrale avant l'âge des grands réseaux.
Il faut imaginer ce que représentait cette innovation en 1888.
Roquevaire ne dispose pas encore d'un réseau électrique comparable à ceux qui apparaîtront au XXᵉ siècle. Il s'agit d'une production locale, reposant sur une installation hydraulique, une dynamo et un réseau limité de distribution.
L'électricité devient alors une nouvelle force capable de servir plusieurs usages : éclairage, force motrice et, progressivement, activités industrielles. L'installation roquevairoise s'inscrit ainsi dans une période où l'électricité commence à sortir des laboratoires et des grandes expositions pour entrer dans la vie quotidienne.
L'expérience parisienne permet de mesurer l'importance de cette période. L'électricité était déjà expérimentée dans la capitale depuis les années 1870 : l'avenue de l'Opéra avait notamment reçu un éclairage électrique dès 1878. Mais c'est surtout à partir de 1888-1889 que les concessions et les réseaux électriques prennent une nouvelle ampleur à Paris. À la fin de 1888, plusieurs secteurs parisiens sont concédés à différentes compagnies et, en juin 1889, les grands boulevards commencent à bénéficier de l'éclairage électrique.
La formulation selon laquelle Roquevaire aurait été « éclairée un an avant Paris » doit donc être comprise avec prudence. Paris connaissait déjà l'éclairage électrique avant 1888. En revanche, la concession accordée à Roquevaire le 21 juillet 1888 témoigne de la précocité exceptionnelle d'une commune rurale de cette taille dans l'adoption d'un éclairage électrique organisé.
Une décision municipale importante.
La décision prise en juillet 1888 est également révélatrice de la volonté de la municipalité de moderniser la commune.
Le maire Auguste (Stanislas Augustin) Fabre est autorisé à signer l'accord avec Alphonse Favier, sous réserve de l'approbation du préfet. Le projet prévoit donc une véritable organisation du service, et non une simple expérience ponctuelle.
Pour les habitants de Roquevaire, l'apparition de ces premières lampes électriques devait constituer un changement considérable. La nuit du village allait progressivement prendre un autre visage : les rues n'étaient plus seulement éclairées par les faibles flammes des anciennes lanternes alimentées au pétrole, mais par une lumière produite par une machine utilisant la force de l'eau.
Cette première expérience constitue ainsi une étape importante dans l'histoire de Roquevaire : l'eau de l'Huveaune, qui avait depuis des siècles fait tourner moulins, scieries et autres installations, devenait également productrice d'électricité.
De la roue à la turbine.
L'histoire de l'électricité à Roquevaire est donc intimement liée à celle de l'eau.
La première installation associée à Favier aurait utilisé une roue hydraulique, probablement dans le secteur d'une scierie. L'installation fut ensuite perfectionnée avec une turbine à Saint-Estève.
Cette évolution traduit les progrès techniques de la fin du XIXᵉ siècle. La turbine permet en effet de transformer plus efficacement l'énergie hydraulique disponible en énergie mécanique, laquelle peut ensuite entraîner une dynamo.
Le système peut être résumé ainsi :
eau → roue ou turbine → mouvement mécanique → dynamo → courant électrique → lampes
Ce principe, aujourd'hui évident, représentait alors une véritable révolution.
Roquevaire entre dans l'ère moderne.
L'arrivée de l'électricité en 1888 ne constitue donc pas seulement l'installation de quelques lampes supplémentaires dans les rues.
Elle marque l'entrée de Roquevaire dans une nouvelle époque industrielle.
La commune possède déjà une activité économique importante liée à l'eau, aux moulins, aux scieries, aux carrières, au plâtre et à différentes activités artisanales et industrielles. L'électricité offre désormais une nouvelle possibilité : utiliser l'énergie produite localement non seulement pour éclairer, mais également, à terme, pour faire fonctionner des machines.
La délibération municipale de 1888 prévoit d'ailleurs un développement de l'électricité pour l'éclairage public et privé, tandis que son utilisation pourra progressivement s'étendre à la force motrice et à l'industrie.
Ainsi, derrière les vingt premières lampes de 10 bougies se dessine déjà une transformation beaucoup plus profonde : celle du passage d'un village éclairé au pétrole à une commune progressivement entrée dans l'âge de l'électricité.
Une histoire encore à compléter.
L'année 1888 constitue donc le point de départ clairement documenté de cette aventure.
Mais plusieurs questions restent particulièrement intéressantes pour approfondir l'histoire de l'électricité à Roquevaire :
- à quelle date exacte les premières lampes ont-elles été effectivement allumées ?
- quelles rues furent éclairées en premier ?
- où se trouvait précisément la scierie équipée de la première roue hydraulique ?
- où était installée la première dynamo de Favier ?
- à quelle date la production fut-elle transférée ou complétée par la turbine de Saint-Estève ?
- combien d'abonnés particuliers furent raccordés ?
- quel était le prix de l'éclairage pour les habitants ?
- comment fonctionnait le réseau de Pont-de-l'Étoile ?
- quand cette première production hydraulique fut-elle remplacée ou intégrée à un réseau électrique plus important ?
Ces éléments pourraient être retrouvés dans les registres des délibérations municipales de 1888-1900, les dossiers de concession conservés aux Archives départementales des Bouches-du-Rhône, les archives préfectorales et les journaux régionaux de l'époque.
L'histoire de l'électricité à Roquevaire ne se résume donc pas à une date. Elle commence en 1888, avec Alphonse Favier, une dynamo et la force de l'eau, puis accompagne pendant plusieurs décennies la transformation économique et industrielle de la commune.
1888 : l'eau de Roquevaire commence à faire naître la lumière.
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